Contes des vivants et des vins

Soit un rituel survivant. Il implique des gens, des verres, une table. Et au centre, le contenant, la bouteille-totem, celle qui renferme en partage du vin et des histoires. Mais il nous reste à décider de ce que sera le cœur sacré de notre rituel. Pour cela, nous devons choisir les récits que nous allons faire émerger des lies indistinctes qui tapissent le fond de la bouteille. Des histoires d’arômes, de cuir, de tanins, de robes et de fruits mûrs ? Des contes de vignerons, de cavistes, de laboratoires et de coopératives ? Des images de gel, de sécheresse, de pesticides, de mildiou, d’engrais et de souffre ? Des chants de levures, de lisières, de chevreuils, d’herbes, de lianes et de collemboles ? Les mythes du silex, des bassin-versants, du calcaire, de l’argile et de la roche-mère ? Du tissage de ces fils, naît la possibilité d’une rencontre entre les vivants et les récits infinis de leurs relations. Un endroit où l’humain n’est plus que l’une des mailles du filet. C’est autour de cette table commune que nous voulons faire l’expérience des vivants et des vins. Car dire une robe, un nez, un arôme ou une ivresse, c’est invoquer aussi des mains et des microbes, des bouches et des becs, des luttes et des alliances, des narines et des bulles, des chants et des mots, des êtres du sol et de la cave, du soleil et de l’ombre.